Témoignage de Maurice Gasser – Part.5

Seigneur, au secours!

Je reconnaissais enfin que j’étais alcoolique. Tous les soirs, j’allais chez mon médecin pour prendre ma dose d’Antabuse. J’avais arrêté l’alcool, mais je continuais avec les médicaments. Mon dernier verre d’alcool, je l’ai bu le jour de mon anniversaire, le 8 mars 1992, sous l’effet de l’antabuse. La réaction fut terrible: mon coeur s’emballait, j’avais des tremblements, des changements de couleur, des nausées, des vomissements. J’ai pu voir les conséquences de la consommation d’alcool avec de l’Antabuse. Je n’avais bu qu’un seul verre et pourtant j’ai cru que c’était la fin.

Tous les soirs, sept jours sur sept, je devais passer chez le médecin pour prendre cet antabuse. C’était humiliant. Et je ne parle pas de l’effet de manque!!!

Avec les médicaments et l’antabuse, j’étais encore plus sonné qu’avant. Je vivais dans un monde étrange.

Puis par un matin d’avril, tout s’écroula autour de moi. J’étais incapable de donner des ordres à mes hommes. J’étais planté comme une statue. J’avais perdu la raison. Je continuais d’essayer de raisonner, mais sans succès. Je me suis alors laissé tomber au fond de ce trou noir.

SEIGNEUR, AU SECOURS!

“Seigneur, tu vois bien ce que je désire et tu n’ignores rien de mes soupirs. J’ai le coeur battant, mes forces m’abandonnent, mes yeux n’ont plus la moindre étincelle de vie”. (Ps 38:10).

Mais Dieu veillait. Et plusieurs continuaient à prier avec “foi”.

“Ne regarde pas le vin qui paraît d’un beau rouge, qui fait des perles dans la coupe et qui coule aisément. Il finit par mordre comme un serpent et par piquer comme un basilic”. (Prov. 23:31-32).

Jour et nuit j’ai ma ration de larmes car on me dit sans cesse “Ton Dieu que fait-il donc?” (Ps 42:4).

Je sombrais dans mon trou noir et malgré cela, je n’ai pas abandonné la lecture de la Bible et la prière quotidienne.

La lecture de la Bible fut mon refuge, mon secours. Je m’enfermais dans des lectures sans fin.

Je me suis retrouvé à la clinique de Nant.

Après bien des discussions, ma femme et des amis ont décidé de me mettre à la clinique de la “Métairie” à Nyon.

LA MÉTAIRIE

Dès le premier jour, ce fut le sevrage complet des médicaments: plus rien du tout. Juste un liquide contre les crises d’épilepsie. La nuit, c’était vraiment atroce. C’est difficile à expliquer. Les nuits étaient terribles parce qu’elles étaient remplies de cauchemars. C’était à se taper la tête contre les murs. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus. Les douleurs dans le ventre étaient effroyables. J’avais l’impression que tout brûlait. Le manque était terrible: plus une goutte d’alcool, plus de médicaments.

Les jours passent. La grande force de la Métairie, c’était la thérapie de groupe. On se retrouvait tous et chacun parlait de ses problèmes. On racontait, on partageait et l’on avait aussi des échanges avec les psychiatres. Pendant quinze jours, je n’ai pas pu téléphoner à la maison. Je n’avais pas de contact avec ma femme et avec mes enfants.

Et puis, un matin, j’ai fait cette découverte: j’ai entendu des oiseaux qui chantaient!! C’était merveilleux de redécouvrir les oiseaux qui chantent, la nature. J’avais tout oublié, j’avais oublié la verdure, les arbres, le soleil, les fleurs.

Plusieurs semaines avaient passé, mon corps allait mieux, les marques de la souffrance étaient toujours là, mais c’était une nouvelle vie, un nouveau départ, sans l’alcool, sans médicaments, sans rien. Ce n’était pas évident de revivre comme ça, lorsque l’on a vécu tant d’années avec l’alcool et les médicaments. C’était vraiment une nouvelle vie et il fallait tout recommencer. Même quand ma femme, mes enfants venaient me trouver, j’avais l’impression tout d’abord, qu’ils étaient des étrangers.

Mais c’était dur de lutter. Est-ce que je continue? Est-ce que je veux vraiment m’en sortir? Est-ce que je veux vraiment arrêter cet alcool? Le plus difficile, c’était au niveau de la pensée. Je me disais: ” d’accord, je ne boirai plus, plus jamais d’alcool en Suisse… mais à l’étranger, oui. Je boirai à l’étranger mais pas en Suisse.” Cela me donnait du courage.

Heureusement, mes frères et sœurs dans la foi, mes amis étaient dans la prière constamment. Je lisais toujours la Bible. C’était vraiment devenu un refuge pour moi. C’était devenu ma passion incroyable. Je passais des heures et des heures à la lire. Elle m’a beaucoup aidé. C’était comme si Dieu et les anges étaient tout proches de moi, chaque fois que je la lisais.

Après deux mois et demi, je suis finalement sorti de cet hôpital avec un seul et unique médicament: le Priadel, un stabilisateur d’humeur.

Une nouvelle vie allait commencer. Mais que le chemin était long et difficile. L’alcool, les médicaments, tout ça c’était fini, c’était du passé. Mais il y avait tout à recommencer, tout à reconquérir, ma femme, mes enfants, mon travail. Eh oui, après 25 ans de mariage, il fallait de nouveau reconquérir ma femme, comme aux temps des fréquentations. Mais Dieu était là.

DIEU INTERVIENT

“Ne crains rien, car je suis avec toi, ne promène pas des regards inquiets car je suis ton Dieu, je te fortifie, je viens à ton secours, je te soutiens de ma droite triomphante”. (Esaie 41:10).

Plus rien n’était comme avant. C’était comme si le temps s’était arrêté. Il fallait tout réapprendre. Même avec les enfants: Patrick était marié, il avait 24 ans et André 20 ans. Quant au travail, mon patron a bien voulu me reprendre, mais à l’essai, trois mois.

Les mois s’écoulaient lentement. Ma femme et moi sommes partis en Allemagne pour visiter de la parenté. Nous étions en bateau, sur le Lac de Constance. J’ai soudain aperçu un immense plateau, avec des bières, des chopes, bien fraîches, et il faisait une chaleur insupportable. Je me suis souvenu avoir pensé qu’en Suisse je ne boirais plus d’alcool, que je n’en boirai plus une goutte; mais là j’étais à l’étranger, personne qui me voyait… J’avais une immense envie de boire une goutte de cette bière si fraîche. La tentation était grande, mais je n’y ai pas touché! C’était dur, je m’en léchais les babines, j’en bavais, mais quand je suis revenu sur le pont, là, à l’air, j’étais heureux! Vraiment heureux de ne pas avoir bu cette bière. C’était une grande lutte, une grosse lutte, mais j’avais gagné! Je n’avais pas bu cette bière!!!

Après toutes ces années, j’avais l’impression de ne plus me connaître. Je devais réapprendre à me connaître, il me semblait que je n’étais plus la même personne. Les enfants avaient grandi, je ne m’en étais même pas aperçu. J’avais un souvenir de la naissance de ma petite-fille, Vanessa, mais je n’avais pas pu le vivre pleinement. C’était très douloureux, je n’arrivais pas à me remettre. Mais avec le temps et la grâce de Dieu, tout est redevenu mieux qu’avant. J’ai pu repartir à zéro, tout recommencer et rebâtir avec mes garçons.

Bien sûr que les envies sont toujours là, et comme en plus j’ai arrêté de fumer, il y a eu des fois où j’ai eu des envies terribles: un petit coup de blanc, avec une bonne cigarette… Une bonne bière…

Ce qui m’a été aussi très difficile, c’était d’abandonner tous mes amis (amis?… parfois de beuverie…). Certains se moquaient parce que je buvais du thé froid. Mais je n’y prenais pas garde.

Ce qui m’a beaucoup aidé c’était la présence de Dieu. Parce que c’est vrai, c’est lui qui m’a tiré de ce puits infernal, sans fond. Tous les matins, je lui demandais de me fortifier afin de ne pas boire ce premier verre d’alcool et de m’aider à ne pas allumer cette première cigarette. Et le soir, je le remerciais de m’avoir soutenu et le louais des bienfaits qu’il m’avait accordés toute la journée.

 

Il y a une prière que je dis encore aujourd’hui, matin et soir: “Mon Dieu donne-nous la sérénité, d’accepter les choses que je ne puis changer, le courage de changer les choses que je peux, et la sagesse d’en connaître la différence”. Alléluia! Gloire à ton Nom. Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Toi le seul unique Dieu, c’est toi qui m’a tiré de ce puits infernal, de ce puits sans fond. Eh oui, plus d’alcool, plus de cigarettes, plus de médicaments. Plus d’anti-dépresseur, plus de tranquillisant. Plus rien.

J’ai une femme que l’Éternel m’a donné, deux fils et deux belles-filles et quatre petites-filles. J’ai aussi un petit-fils adopté par mon fils aîné et son épouse et mon fils cadet et son épouse attendent un heureux événement pour le mois d’octobre. Merci Seigneur.

Sur la route, plus la crainte, plus cette peur du gendarme à chaque virage, plus de chemins dans les vignes pour ne pas se faire repérer. Fini les tremblements, fini ce besoin d’alcool, ce manque. C’est vraiment une nouvelle vie.

Pourtant, je n’aurai jamais cru que je serais de nouveau capable de retravailler. J’avais les cellules de mon cerveau toutes grillées. Mais comme tout le corps humain, elles se sont reconstruites.

Par la Grâce de Dieu, j’étais de nouveau un jeune homme de 25 ans. Plein de forces, plein de baume sur mon cœur; oui, j’avais repris goût à la vie.

Les tentations étaient toujours là, mais j’avais de nouveaux amis qui me défendaient et qui expliquaient à mes collègues de travail que leur chef ne buvait pas d’alcool. Si vous saviez comme cela faisait du bien.

Avant, sur mon chantier, tous nous buvions des quantités incroyables. Dès lors, il n’y eut plus d’alcool. Tout le monde était à l’eau. Le travail avançait bien mieux. Il y avait moins d’accidents.

Avec ma femme, c’était extraordinaire. Avec les enfants, fabuleux, et de même avec tous ceux que je côtoyais. Le Seigneur est bon. Notre Dieu est grand et puissant en tout et en toute oeuvre.

 

J’avais toujours cru qu’on ne pouvait vivre sans alcool. Dans mon travail, lors des contacts avec les ingénieurs, les architectes, les propriétaires, il fallait absolument boire un verre. Mais, j’ai découvert qu’eux-mêmes étaient contents de pouvoir boire une eau minérale plutôt qu’un verre de vin. Les envies étaient toujours là, mais Dieu était présent. Il veillait et me protégeait. Le travail était devenu beaucoup plus intéressant.

L’alcool, la fumée, les médicaments, tout a disparu par la Grâce de Dieu. Il est mon grand guérisseur.

Je n’ai jamais abandonné la lecture de la Bible. Je la lis quatre fois en entier par année. A l’heure actuelle, je suis devenu un accro. C’est ma… drogue… Je passe plus de deux heures par jour avec Dieu, tellement il est bon dans tout ce qu’il a fait pour moi, et il est toujours présent. Plus je vais en avant, plus je découvre des choses extraordinaires de ce que Dieu a accompli.

Depuis le 8 mars 1992, à ce jour, je n’ai plus touché à une goutte d’alcool et depuis début juin 1992, plus d’antidépresseurs, plus de médicaments, plus rien. Je n’ai plus de douleurs à la tête. Je me trouve dans une bonne forme. Je suis heureux de vivre. Dieu m’a comblé.

 

“Le Seigneur est mon aide, je ne craindrai point” (Hé 13:6).

Quand l’envie me vient, je crie à Dieu, l’Éternel me sauvera. Le soir, le matin et à midi, je soupire et je gémis, je prie, Il entend ma voix. Il me guérit de mes envies.

“Oh Dieu, prête l’oreille à ma prière et aide-moi dans toutes mes situations. Écoute-moi et réponds-moi. Aide-moi. Je m’agite, mais toi tu es là”.

Maurice Gasser

 

Extrait du livre “Dans la tempête de l’alcool” paru en 2009 aux Editions Oladios.

L’auteur vit actuellement avec son épouse à Chexbres. La suite (et fin) de son témoignage sera mise en ligne prochainement.